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MES MOTS-FOTOS

LIENS EN PARTAGE

 

PARIS

DECEMBRE 2000 

 

Au sortir du magasin, je remonte la rue de Rochechouart, lorsque je reconnais un allié. Il communique avec trois citoyens sans abri. Quand il prend congé de nos camarades, je l’interpelle :

 

- Je viens de te voir parler avec… 

 

 

 

 

 

Il ne me laisse pas poursuivre. 

 

 

 

 

 

- Oui je n’avais pas de pièce mais j’aime discuter… 

 

 

 

 

 

Je le coupe.

 

 

 

 

 

- Pourrions-nous nous rencontrer un de ces jours ? J’écris en ce moment sur l’entraide, la solidarité... et ton état d’esprit m’intéresse.

 

 

 

 

 

- Pas de problème. Un petit café. On se parle et voilà, me chante-t-il avec son accent  ensoleillé.

 

 

 

 

 

Affaire conclue nous nous échangeons nos numéros de téléphone.

 

 

 

 

 

- Ton  nom ?

 

 

 

 

 

-    Sébastien.

 

 

 

 

 

      - Je mets Séb.

 

 

 

 

 

      - C’est bien ;-)

 

 

 

 

 

      - Ou plutôt écrivain. dit-il, d'un rire enjôleur 

 

      - Pourquoi pas…

 

 

 

 

 

A son tour Ben me laisse ses coordonnées portables et son adresse fixe. Heureux d’avoir croisé un cœur, j’ai hâte de connaître son histoire et ses idées. Je dépose les emplettes et m’apprête à le rejoindre lorsque je m’aperçois que j’ai omis de valider l’enregistrement de son nom dans cette plaie de mobile. L’ego qui m’accompagne se démonte. Ai-je perdu un trésor d’Opinion ? Non ! Je me rends devant l’immeuble avec un prénom pour seul indice. Pour me faciliter la tâche, la porte est codée. Elémentaire mon cher facteur ! Je me renseigne auprès d’un homme qui a commerce sur rue. Je suis une nouvelle fois ému par l’indulgence qui réside encore derrière certaines portes. J’avance sous le porche où je découvre sur un tableau un inventaire de noms à faire pâlir un apprenti postier. La loge de la concierge est éclairée. Je frappe deux fois au carreau. Une dame ouvre la porte. Trouverai-je en elle une bonne fée ? Je lui souris et lui explique ma situation.

 

 

 

 

 

- Je viens voir un ami dont je ne connais pas le nom. Il est jeune. 

 

 

 

 

 

Elle se concentre. Je précise :

 

 

 

 

 

- Il se prénomme Ben.

 

 

 

 

 

Elle ferme les yeux en se tenant la tête, des deux mains. Je voudrais qu’elle me réponde, dès aujourd’hui. J’attends. Elle a besoin d’un autre indice. Je me remémore l’entrevue et complète alors le portrait.

 

 

 

 

 

- Il est beau garçon !

 

 

 

 

 

Elle a bon goût et reconnaît Ben. Soulagement. Je n’ajouterai pas qu’il est bon. Elle s’avance sur le seuil et jette un regard très haut dans la cour. Il est là. Ou bien a-t-il oublié d’éteindre la lumière ? Non. Je devine que ma fortune ne peut pas s’arrêter là.  J’emprunte l’escalier de bois craquant et glissant jusqu’au dernier étage. Je cherche l’interrupteur. Le plancher chancelle  sous le poids de mes chaussures d’aventurier. Un chien aboie. Je compte les portes et avec ma veine d’agent postal, je tombe sur celle dont semble provenir les mots de l’animal. Je toque à la porte. Une jeune fille, sans doute étudiante, me donne le dernier indice qui doit me permettre de pénétrer dans l’univers d’un tendron d’humanité. Je lis sur la porte un nom qui brillera longtemps dans ma mémoire. Retrouvailles. Pianotage du numéro et du prénom sur le répertoire électronique. Il contrôle avec moi chaque touche enfoncée et apparaît alors à l’écran « enregistré dans le téléphone ». Vivat la téléphonie, le jour de gloire est arrivé ! Invitation à la conversation en compagnie de deux blondes pleines de fraîcheur : Ben décapsule et nous engageons les préliminaires au dialogue avec quelques photographies. Je découvre les amis de Ben et la maman de Ben. Ils me présentent leur Ben tel qu’il est. Ouvert, communicatif et expressif. Il attire mon attention sur un cliché original. : un bouquet d’herbes entouré d’une aura de lumière. Je pense alors à l’illustration de mes supports d’écriture. J’ai déjà l’envol d’oiseaux pour la pièce sur notre Planète Juliette mais je manque d’inspiration pour orner les recueils. Je lui explique en quatre ou cinq mots. Six ou sept de ses coups de crayon me révèle une image forte qui l’habite. Une feuille, une plume. Je pense à une feuille d’automne emportée par le vent en forêt de Compiègne. Je me souviens de la plume grise et bleue reposant au bord d’un lac du Valais suisse.

 

 

 

 

 

            Entente cordiale. Bel esprit de collaboration. Communion d’idées alliant la Nature et l’Homme. A mon tour, je lui ouvre quelques pages du livre de ma vie. J’explique que je participe à un service public de proximité. A mes heures gagnées, j’écris. Je lui montre les premières pages. Parfois me prend l’envie d’exploser de joie. Je préfère lui en parler. Il préfère écouter. Etat des lieux du Monde. Appel à la raison assaisonné de conseils à notre portée. La France, son Patrimoine. Un nouveau respect de l’Homme par les politiques. En quelques minutes, il note que je sais (ou crois savoir… ) où je vais. Réalisme, variété de style et le ton. Interactivité avec le lecteur amené à reconnaître un pays, un peuple ses travers et ses qualités. Ben me dit qu’il écrit et sort un cahier. Il me cite un précepte que je ne connaissais pas sous cette forme. Il faut ajouter de la vie aux années et non des années à la vie. Je lui échange une devise. L’essence de ma marche en avant, empruntée à un chanteur populaire l’ayant lui-même sortie de la casquette de Michel Audiart : « Deux intellectuels assis iront moins loin qu’un con qui marche. »

 

 

 

 

 

            On frappe à la porte. Serait-ce un collègue ? C’est la saison de l’almanach. Postiers, éboueurs et pompiers sont en tournée en ces fraîches soirées de fin d’année : des travailleurs tirant les traînes de leurs uniformes. L’accidenté, la légendaire ménagère de moins de cinquante ans, le destinataire d’une missive… récompensent alors des efforts journellement « gratuits » ou presque… libéralisation des services publics, et cetera, et cetera...

 

 

 

 

 

-        Qui est là ? 

 

 

 

 

 

Ben :

 

 

 

 

 

- Qui est-ce ?

 

 

 

 

 

      - La voisine. 

 

 

 

 

 

Je reconnais la voix de mon dernier indice. Ben ouvre la porte. Je me lève. L’espace est restreint. Je découvre ce soir que de belles valeurs peuvent facilement tenir dans moins de six mètres carrés. Pourquoi nos ministres occupent-ils tellement de mètres carrés ? C’est qu’eux doivent renfermer des valeurs gigantesquissimes dignes des plus beaux sermons et des plus sages leçons régressions sociales au nom de la sacrée Raison budgétaire ! Pendant que les subventions aux patrons se ballonnent, laissant néanmoins s’accroître les courbes des inégalités. Votez pour nous… et puis quoi encore ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marlène évoque le propriétaire. Je ne prête pas vraiment attention à leur conversation. Ben discute, en vient à révéler son métier à sa voisine. Le mannequin enlève une blonde de plus du réfrigérateur et convie chaleureusement la demoiselle à se joindre à nos réflexions. Elle souhaite parler à l’homme de lettres. Je redresse ma casquette. Elle se présente étudiante en Lettres modernes, et militante. Pour une nouvelle, c’est une bonne nouvelle. La chance atteint le camp de base de notre ascension angélique. Lorsque je lui explique qu’au contact de la nature mes idées fourmillent et se montent en révolution, elle m’annonce qu’elle n’apprécie guère les mystiques. Je l'acquiesce et me déclare auteur et interprète d’une vie authentique. Elle sourit et s’empare de mon texte sur la table sous le curriculum « vita(l)e » de Ben. Chacun parle. On se découvre. Trois pimpants citoyens. Trois tempéraments. Nous nous régalons de nos différences de goûts et de couleurs. Notre cercle improvisé n’a pas grand chose à envier au sommet des sept pays les plus industrialisés du monde... à part les petits fours très, très chers à leur discussions… Raison budgétaire inactive le temps d’une bonne boustifaille présidentielle. Ensemble nous discutons de combats quotidiens. Ben nous montre les épreuves de son premier contrat et nous annonce qu’il apparaîtra en février dans une revue anglaise. Marlène écoute ce que je sais déjà mais ne me lasse pas d’entendre. J’aime les histoires. J’aime aussi une histoire plusieurs fois. Il ne se destinait pas à cette expérience. Comme il le raconte :

 

 

 

 

 

- Quand tu es face à ta face pendant des années, tu n’as pas le recul nécessaire pour y discerner le moindre charme. Tes amis non plus ne te le disent pas, sinon par des regards accrocheurs. 

 

 

 

 

 

            Je réalise alors qu’en cinquante trois minutes, mes vues ont des racines dans d’autres esprits. Nous devons nous séparer. Ben se rend rue Victor Massé. Marlène sort aussi. Je retrouve ma chambre et reprends le stylo dont l’encre se dissipe en  vapeurs d’idées qui me débloquent l’esprit. J’écris et je chantonne. Je replonge dans une rue de Douai blanchie par le froid de l’hiver… L’accordéoniste réchauffe mon cœur où résonnent les notes d’un langage singulier. Quelques pièces se sauvent de mes poches et rebondissent dans son gobelet, il sourit. Un Homme au doigté remarquable. Quelques notes fluides et légères suivant ses clés de sol… si seulement je pouvais lui offrir une autre clé à son trousseau. La clé d’un DO-micile qui viendrait à sa porté. RE-agir sans perdre une MI-nute. FA-voriser la SOL-idarité. Aider à sécher des LA-rmes versées après la perte de l’emploi, du logement. SI-tuation de désespoir… Ne plus rien lui voler et simplement DO-nner.

 

 

 

 

 

            Je ne suis pas musicien mais pense pouvoir apprécier les notes d’un espoir combatif. J’applaudis sans bémol l’Homme de la rue. Croche, croche, noire, croche, croche !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

            Ben est sous la douche. Je lui laisse un message... nous ne sommes pas allés complètement au fond du sujet lors de notre rencontre. En effet, la raison qui m’avait poussé à l’accoster la veille n’avait été que vite effleurée au beau milieu de nos échanges francs et exaltants concernant nos itinéraires respectifs et nos ambitions de jeunes hommes. J’espère bientôt aborder avec lui et d’autres humains le thème du non-rejet des exclus. J’essaierai de l’appeler un autre jour. J’estime qu’il a un droit de regard sur mon texte qui le rend acteur dans mon projet. Je rencontrerai Marlène lundi pour ajouter quelques pincées d’épices à  mes assiettes d’écriture. Me voilà ragaillardi par leur aimable concours.. Je suis fort de l’union de nos potentiels et me lèche goulûment les babines devant cette page de recettes de Cuisine de Mousquetaires. Je grignote des minutes précieuses pour rapprocher l’échéance de l’éventuel retentissement d’un message s’opposant au fatalisme. Je me sens comme obsédé par le sentiment de devoir me dépêcher. Dès les premiers mots, je me suis rendu prisonnier d’une course contre la montre. Je n’ai plus de clepsydre au poignet en ce moment. D’appels en prise de contact, au cours d’un Salon prestigieux ou à l’occasion d’une remise de prix littéraire, je discerne mieux les fondements d’un univers qui me captive… auquel je n’appartiens pas : il faut devenir pour en être, mais n’est-on pas avant de devenir ? Les aides aux auteurs, la recherche d’éditeurs sont des sujets auxquels je m’intéresse mais ne portent pas atteinte à ma concentration. Je veux avant tout aller au bout d’un objectif : donner du corps à mon premier ouvrage. Jour après jour, nuit après nuit, je pétris la pièce et le roman comme deux boules de pâte à modeler qui me collent aux mains. Je malaxe frénétiquement mes sujets. La passion m'emporte dans un formidable mouvement alliant divagation et inspiration. Je me lève et la chaise bascule, je m’étire les bras, sans inquiétude. Sûr de moi, je marche à grands pas, j’éclaircis ma voie, de certitudes. Sans frein, j’avance à vingt nœuds, jusqu’en Alaska, le temps est rude. Le foc sombre dans les eaux, vicissitudes… Je m’ébats et chante avec joie. Je marche seul. Je déborde d’énergie et mes muscles s’ennuient. Je m’allonge sur le sol de la chambre et entame une série de flexions abdominales. J’ai encore plus envie de me défouler… Je n’ai pas de partenaire ce jour pour m’éclater sur un court. Je ne céderai pas au tabac ni à la médication. J’adoucirai mon état en sortant me balader, comme d’habitude. Peut-être savourerai-je de nouvelles rencontres. Je sauvegarde le texte et quitte la matrice pour de nouveau entrer en contact avec  un monde où tout est possible.  

 

 

 

 

 

Je rejoins la Madeleine puis La Concorde et l’Assemblée Nationale. Le ciel est clair. Je longe le Quai d’Orsay jusqu’à l’Esplanade des Invalides. Cinq heures trente trois minutes, c’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière nous dit Edmond Rostand, le baiser est un point rose que l’on met sur le «i» du verbe aimer. J’aime et je me passionne vite. Je mets des points roses sur tous les «i» et un jour j’évite tous les mots qui en contiennent un. Je n’écris plus, je compose. Je ne vois plus, j’observe. Je n’aime plus, j’ai des préférences. Tantôt les mots jaillissent, tantôt les paupières se font lourdes. Je rentre me coucher et m’endors.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au réveil, les idées sont reclassées autour du fil rouge de l’histoire. Je suis heureux de recueillir un nouvel avis concernant mes premières pages…

 

 

 

 

 

C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai  goûté à ce message dont l’enthousiasme un peu lyrique laisse deviner une approche réaliste du quotidien. Souvent le réalisme est empreint d’amertume et de pessimisme. Tu démontres que l’on peut avoir « les pieds sur terre » et être heureux. Chez toi, le réalisme alimente un immense brasier d’espoir où il fait bon se réchauffer avant d’affronter les rigueurs de l’espace et du temps. De relever le défi de l’Avenir de Notre Planète. D’agir. AGIR ! « L’odeur fade de l’inaction me fait horreur ». Cette phrase exprime magistralement mon ressenti, mon indignation et ma révolte face à ces accoucheurs de belles intentions et de belles paroles qui restent les bras croisés sur leur tas de fric et de gadgets.

 

 

 

 

 

JE ne souille pas la Nature, ne serrait-ce qu’en y abandonnant un morceau de papier. En n’achetant pas bêtement le premier gadget ou produit jetable, en utilisant un véhicule avec parcimonie, lorsque tout autre solution s’avère momentanément impossible.

 

 

 

 

 

Je suis le sentier tracé sur les flancs de la montagne pour ne pas raviner la pente, pour préserver cette petite partie du patrimoine de l’humanité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’AGIS avant de le dire, sans le dire. Souvent, la règle est de le crier sur les toits et de ne rien faire : quand il fera beau, j’irai marcher ; s’il ne pleut pas, si le soleil brille. Avec des SI, on défait le monde, on s’enterre dans son cocon. « La maison est le tombeau des vivants » (Proverbe égyptien).

 

 

 

 

 

Bonne randonnée sur le Sentier des MOTS !

Bisous, Papa.

 

 

 

 

 

Je suis touché.

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

            Le train file à grande vitesse. J’observe le paysage qui défile. Je voyage dans le temps. J’imagine qu’un chevreuil traversera dans une seconde ce champ de terre d’hiver. Dans la nuit, une voiture se renversera dans le fossé. C’est la vie et la mort aussi quand l’automobiliste confond le code de la route avec une recette de cuisine et adapte à sa guise vitesse, concentration et taux d’arme alcoolémique à double tranchant. Même Bernard, Maïté ou Jean-Pierre nous diraient qu’une recette est une recette. Le code est le code, point, à la ligne.

 

 

 

 

 

Demain matin, un groupe de cyclotouristes se retrouvera devant l’église de ce village au clocher en fusée. La semaine suivante, des marcheurs s’élanceront du même pas. Dans trente ans, deux équipes d’amis s’affronteront sur gazon ou sur Terre battue. Victoires, défaites et exploits de bien d’autres sportifs dans cinquante ans. Les Jeux Olympiques de Jérusalem : un bain de cent ans ? Espoir de paix, dans mille ans, deux mille ans, qui sait ?

 

 

 

 

 

             Vous êtes arrivés à Douai, sept minutes d’arrêt, assurez-vous de ne rien  oublier dans le train… Je me dirige à grands pas vers la Place d’Armes. Je cueille un bouton de rose rose chez une fleuriste souriante puis monte avec énergie l’escalier de l’immeuble maternel pour retrouver ma belle princesse. Pendant qu’elle parcoure quelques nouveaux chapitres de mon manuscrit, j’observe l’Hôtel de ville  par la fenêtre et adresse un  tendre clin d’œil à ma cité natale. Ecouter carillonner le beffroi, goûter au plaisir d’une promenade sur les rives de la Scarpe et rejoindre des sentiers fleuris ou pavés au cœur des pleines herbeuses ou boisées, voire simplement poussiéreuses… Jolies nuances du doux tableau de mon enfance dans une belle région de France. La pluie y rafraîchit les humeurs, le froid endurcit les esprits, les instants de soleil rivalisent avec la rude chaleur qui bouillonne dans les corps des gens du Nord. En mille huit cent trente sept, Victor Hugo écrivit dans une lettre à Adèle : Demain chère amie, je serai en Belgique. Je commence à en avoir besoin, car Douai excepté, la France est d’une rare platitude… Certes Douai est une ville haute en relief mais elle n’est heureusement pas tout à fait une exception. Notre pays comme notre planète regorge d’innombrables lieux charmants et voluptueux. Maman interrompt quelques instants mes songes :

 

 

 

 

 

      - Ta rencontre avec les jeunes banlieusards est-elle réelle ou imaginaire ?

 

 

 

 

 

            - D’après toi ?

 

 

 

 

 

            - Elle me paraît possible mais je préfèrerais pouvoir me dire que tu ne t’es pas

 

 

 

 

 

  risqué à marcher seul la nuit dans une ville de grande solitude.

 

 

 

 

 

      - Te rassurerai-je si je te dis que j’étais un passant bien protégé ?

 

 

 

 

 

            - Pas vraiment. Alors la Vérité ?

 

 

 

 

 

      - Considères- tu un secret comme une tromperie ?

 

 

 

 

 

- Tu as toujours le droit d’avoir ton jardin clos d’intimité. Tu as aussi le devoir d’être       honnête, surtout avec toi-même. Mentir en évitant d’aborder des détails qui peuvent inquiéter ou choquer est parfois aussi loyal que d’imposer en bloc une réalité qui heurterait, blesserait ou anéantirait une relation précieuse et chaleureuse. N’aies pas de scrupules si tu ne dévoiles pas tout ce qui peuple ton quotidien. La vérité d’un homme, c’est d’abord ce qu’il cache, a dit André Malraux. Tout être à son monde intérieur de rêves et de trésors cachés, c’est son bien le plus précieux, sa seule fortune inviolable. C’est humain de préserver en soi une petite part de richesse pure. Ecoute ton cœur et reste toujours vigilant dans tes rencontres.

 

 

 

 

 

Elle reprend la lecture et je remarque sur son visage un mariage d’affection et d’inquiétude. Je reconnais la dame qui disait au Sébastien lycéen :

 

 

 

 

 

- Surtout quoi que tu fasses, protège-toi.

 

 

 

 

 

 Et je notais dans mon journal : à l’heure où sexe rime avec latex, le verbe aimer ne doit pas pour autant capoter.

 

 

 

 

 

Je suis sûr d’aimer ma vie et, je  la préserve. Hâtifs sont ceux qui se risquent à une fin précoce. Souvent tel n’est pas le but mais l’ardeur des ébats dans une relation charnelle avec un être aimé peut s’avérer fatale si l’esprit s’égare. Même si j’ai souvent une plume à la place du cerveau, je m’applique à ne pas frôler l’inconscience. Eviter l’erreur qui, bien que demeurant dans la nature humaine,  frôle trop souvent le chapitre de la mort, au volant, au lit, au bar, au bar tabac aussi. Je me sens fort, puissant et la Raison (pas budgétaire là…) accompagne mon chemin de fin rêveur. Etat de grâce ? Non. Peut-être. Période faste et féconde que j’entretiens avec soin en m’enrichissant chaque jour davantage de dialogues aussi verbeux que vertueux. Je replonge mes yeux vers le beffroi et m’imagine au fait du monument plusieurs fois centenaire passant ma main dans la crinière d’or d’une girouette royale. Je me remémore quelques vers de Verlaine évoquant le bijou douaisien... Et tout en haut de lui, le Grand Lion de Flandre hurle en cris dans l’air moderne « oser le prendre ».

 

 

 

 

 

Maman me recommande de ne pas trop me disperser dans mes rencontres et de plutôt m’en tenir à mon cercle de connaissances quasi éléphantesque, là, j’exagère. Après le repas, je recopie au propre certaines de mes pages en modifiant quelque peu les tournures. Il est déjà minuit moins dix. Je suis seul devant mon papier. Le stylo fatigue, l’homme aussi ; écrire est ensorcelant et usant. J’éprouve un plaisir intense. Chaque matin depuis trois semaines, je me lève, je chante et je ris. Tout roule tranquillement, tout m’éclate et me réussit. Je ne m’ennuie pas dans la paresse mais m’épanouis dans l’effort et dans l’oubli aussi de certains jours encore proches au cours desquels je me montrais trop défaitiste, trop pessimiste. Je ne veux plus subir la vie, je veux la mettre en scène pour vous et moi,  pour la Nature et l’Homme que j’aime. J’ai pris pleinement conscience de l’obstination indispensable à l’accomplissement du projet qui me tient à cœur depuis plusieurs années. Même en courant plus vite que le vent, plus vite que le temps, même en volant, je n’aurai pas le temps, pas le temps. Alors, j’ai voulu sans plus attendre une seconde me plonger dans mon rêve d’Evolution. Une vaste entreprise, sachant que se plaindre de tout et de rien, c’est avouer une lâche résignation et renoncer au précieux bonheur de vivre. Exister efficacement en agissant et en réagissant au maximum dans un contexte qui au premier regard  en affole plus d’un. Il ne suffit pas d’évoquer des problèmes, encore faut-il s’engager à tenter de les résoudre. Et pour cela ne pas avoir peur de pointer du doigt les responsables : les torts sont partagés entre certains citoyens éteins et quelques grands patrons allumés. Je relis ma phrase et reprends ma sentence : je préfère parler de patrons moyens et de grands travailleurs. Je pense alors à la devise de Marlène citant un homme de convictions : l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

             Un samedi , à table avec Stéphanie, Guillaume et Lucas rejoignant les travailleurs de l’après–midi.

 

 

 

 

 

-   Voilà l’équipe qui servira l’usager aujourd’hui

-   Non, pas tous. Séb ne bosse pas, s’exclame la jolie bombe blonde.

 

 

 

 

 

-   Disons que je travaillouille après le travaillaïe !

 

 

 

 

 

-  Oui, il nous a écrit une pièce , s’affaire à ses textes et en projette déjà quelques autres, précise la bordelaise.

 

 

 

 

 

-   C’est bien ça !crit Lucas.

 

 

 

 

 

-   Et pour les chansons ? demande le beau brun aux yeux  lumineux.

 

 

 

 

 

-   J’ai quelques fiches avec des thèmes et des idées mais je ne me suis pas encore vraiment concentré dessus... une chose à la fois, je ne veux pas que courir m’empêche d’avancer... patience.

 

 

 

 

 

Mes deux activités m’intéressent : oeuvrer  en uniforme au contact direct de la nation, et écrire en jean ou en caleçon pour cette même population. Coller à la réalité pour décoller de la résignation. Nous repensons le temps de travail en oubliant de panser les conditions de travail, en soumettant nos vies extra-professionnelles au diktat du grand capital. Que faudrait-il déposer comme cocktail explosif au Ministère de l’Injustice pour transformer des cabinets rigides en équipes de générosité. Je ne veux pas entrer en politique. Pas encore. Ma liberté de pensée m’est précieuse, elle est la source  limpide qui ravitaille mon esprit de clairvoyance et mes lignes de sagacité. La Tolérance est mon fer de lance.  Pourquoi ne pas créer le Ministère de la Pauvreté. Elle existe et mérite un budget considérable. A bon entendeur, Salut !

 

 

 

 

 

POST SCRIPTUM

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Ohé ! Oui, toi, lecteur, ne pars pas ! Je suis encore là. Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, j’ai encore quelques mots d’amour à vous écrire. Comment ? Vous êtes arrivés à votre station de métropolitain ? Très bien. Nous nous retrouvons ce soir si vous le voulez bien au coin du feu ou dans votre chambre… Je laisse un rêve dévorer mes jours et mes nuits comme me l’aurait conseillé un grand nom de l’Aéropostale. Je me vide d’un flot d’images et de paroles. Mon abdomen brûle, mon cœur palpite et s’embrase. Ma gorge est nouée. Je puise encore et encore au plus profond de mes entrailles. Je ne veux pas monter au ciel sans avoir tenté de porter le plus haut possible le flambeau de ma trinité d’espoirs. Il me semble qu’en cette nuit bien entamée, je n’aurai pas à compter les moutons que le Petit Prince demandait à l’aventurier de lui dessiner. Dans mon esprit, un albatros vole majestueusement et m’accompagne au royaume des rêves. L’oiseau plane. Séduit par une tour scintillante, il tourbillonne entre ses piliers…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plusieurs minutes sont requises pour émerger de mon état nébuleux. Je me suis endormi sur le bureau (…)

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